perséphone l’hiver

 

L’Allemagne me tire. Dehors la neige tombe du ciel déjà mouillée, déjà pu là

Lundi on m’a proposé d’écrire des articles de blog pour un salaire raisonnable (POUR UN SALAIRE!, ça a besoin d’être répété). Un site de recettes, on trouvait que j’avais l’air de savoir de quoi je parlais. J’ai gâché ma shot en demandant au propriétaire du site, militaire en corée : « btw did you ever kill people? » . Peut-être le pire post scriptum de ma vie. Silence radio.

Je préfère les silences du théâtre: on entend au moins les acteurs respirer.

Première leçon du professionalisme: c’est pas parce que les gens sont amicaux qu’il faut leur parler comme à des amis. Au moins, ça prend juste une erreur pour se l’inculquer.

 

Pis même. À part ça. Mon hibernation continue. Autant c’est facile enchainer mes journées à mon laptop, à regarder des vidéos éducatives sur la bouffe, la musique, les romans historiques et la langue japonaise, autant le reste glisse au-delà mes repères

Ça fait déjà neuf mois que j’suis en Allemagne —

y a des femmes qui poussent des bouts de vie et de chair au monde dans c’te plage horaire là

 

moi depuis j’ai juste appris à tricoter.

 

Publicités

Retour

Pour les quelques-uns qui se demandent c’que j’ai bien pu faire de bon depuis que je ne donne plus de nouvelle, en rafale:

J’ai fini le Nanowrimo victorieuse, mais avec une histoire étrange qui commençait à peine.

J’ai appris à tricoter. Puis, j’ai tricoté. En regardant Once Upon a Time en streaming. Ça m’a donné le goût d’avoir des enfants, juste pour pouvoir leur tricoter des trucs. (T’inquiète, maman. J’ai tordu mes aiguilles à tricot en marchant dessus et l’envie a passé.)

La tuque pour bébé que j'ai pas encore donnée

La tuque pour bébé que j’ai pas encore donnée

J’ai été me promener à Milan avec un ami. On a passé beaucoup de temps au Duomo. Y avait des publicités partout et un marché de Noël où j’ai acheté pour trois euros un ‘Arancini al ragù’ et lui, un truc qui était un peu comme une pizza pochette, mais en plus simple et plus fancy. On a essayé de suivre des gens dans la rue, mais ils s’arrêtaient tôt pour appeler sur leur Smartphone ou pour aller au McDo. C’est un peu décevant de traquer des inconnus, de nos jours. Lire la suite

croatie la côtière

 

Dix jours en Croatie.

Dix jours de l’été qu’on a pas eu en Allemagne à cause de la pluie. Dix jours pour bronzer un peu, marcher pieds nus, avoir une vue à mourir sur la mer et commencer à se réveiller chaque jour plus tôt, juste parce que ça en vaut la peine. Pour vivre plus fort dans ces dix jours que dans tout le dernier mois, pour pouvoir s’imbiber en éponges de l’air marin et des accents étrangers.

Se rendre là-bas d’Allemagne, c’est très commun. Parce que c’est peu cher. Qu’à travers l’Istrie il est possible d’avoir un service en allemand, pas de complexe linguistique à ce niveau. Se rendre là-bas d’Allemagne le 3 octobre, jour férié, fête commémorant la réunification allemande de 1990, c’est la pire idée, impossible d’éviter l’embouteillage monstre. On calculait 7 heures de route, on part à 10AM et on arrive dans la nuit. Aux douanes, je demande exprès une étampe pour mon passeport. Le type me regarde avec l’air de dire, « Il y a encore des gens que ça intéresse? » Nous sommes désormais en Croatie.

***

 

Vizinada – Porec.

Prix par nuit: 50 euros pour un appartement de deux chambres, cuisine, salle de bain avec bidet et terrasse

Nous avons trouvé notre première pension en pleine nuit. La propriétaire s’appelle Maria-Lena et elle a un visage rond, des cheveux foncés, raides, aux épaules. Elle a aussi un fils qui a appris l’allemand à force d’écouter la série Alarm für Copra 11 avec sous-titres croates. Le lendemain de notre arrivée, elle nous offre des raisins blancs cueillis dans les vignes. Leur peau épaisse goûte amer et le fruit pèse lourd de pépins. Ma belle-mère avale tout rond, en m’expliquant en sage fille de fermier que les pépins sont bon pour l’estomac. Malgré l’anecdotique recommandation, je recrache au creux de ma main tout ce qui n’est pas chair sucrée.

Afin de donner au suivant cette charité d’aliment, on nourrit des animaux de ranch. Notre bonne action, à l’instar les dons d’antiques conserves aux paniers de Noël de la Guignolée, a beaucoup à faire avec le fait qu’on a un sac de carottes qui trainait et qu’on veut pas le perdre complètement. Aussi parce que les animaux sont adorables.

Pour compléter le rustique, derrière la maison de Marialena se trouve un moulin. Au dernier matin de notre séjour, j’y achète un kilo de farine. Pour pouvoir placer ça dans une conversation. Parce qu’il y a déjà plein de snobs spécialisés — snobs de bière qui poétisent sur leur brasserie préférée, snobs de vin qui monologuent à propos de dégustation aux vignobles, snobs de sushi qui payent vraiment très cher pour un motton de riz au vinaigre avec du poisson cru… Moi, je suis l’avant-garde des snobs de farines. Celle qui parlera avec une nostalgie hautaine de « la fois où j’ai acheté un kilo de farine blanche dans un moulin de Croatie… »

On dira c’qu’on voudra, ça sonne bien.

Lire la suite

l’enfuite

Aujourd’hui, pendant que le Royaume-Uni se grattait le menton à se demander de quoi demain aurait l’air, j’ai remonté jusqu’aux sources des civilisations. J’ai chassé.

Ma cible: Wendy, notre hamster nain. Sa race: Roborovski — la plus petite espèce de hamster, la plus vivace et la plus sauvage. Le genre de hamster qui prend le plus de temps à apprivoiser.  Au moment de l’achat, on l’ignorait. On l’a choisie sur un coup de tête, on avait vu des vidéos de minuscules hamsters sur Youtube. Le vendeur à l’animalerie, devant notre indécision, n’a pas tenté d’expliquer les différences entre les différentes races de hamsters et leurs comportements. On a choisi notre Wendy au pif et on l’a aimé tout-suite.

Mais faut quand même pas se laisser berner par son air innocent

elle mange une gourmandise, elle fait semblant / de ne pas concocter de plans

elle mange une gourmandise et fait semblant / de ne pas concocter de mauvais plans

Lire la suite

le cochon que je n’ai pas gagné

On voulait sortir. Voir du paysage. Fêter la vie. Vous savez, YOLO (quand est-ce que l’utilisation ironique de ‘YOLO’ va devenir aussi dépassée que l’expression YOLO en soi?). Au lieu de quoi, alors que notre weekend se prolonge, on reste enfermés dans notre minuscule chambre, lui sur ses programmes de musique, moi à découvrir ce que c’est qu’un « masque d’écrêtage ». Je dessine au touchpad de mon laptop en attendant d’acheter une tablette. Mon Allemand crée des beats. Nous sommes des z’artisses. À force, mes yeux s’hypersensibilisent et brûlent derrière mes paupières, la morsure d’après 3AM. Mes fesses souffrent d’être assises si longtemps. Une fois, j’ai hypothésé: my ass is probably just not big enough for comfortable sitting (à la the worlds most comfortable ass). Il m’a répondu qu’en toute logique, c’était plutôt le manque de muscles qui posait problème. (Snap.)
Lire la suite