le cochon que je n’ai pas gagné

On voulait sortir. Voir du paysage. Fêter la vie. Vous savez, YOLO (quand est-ce que l’utilisation ironique de ‘YOLO’ va devenir aussi dépassée que l’expression YOLO en soi?). Au lieu de quoi, alors que notre weekend se prolonge, on reste enfermés dans notre minuscule chambre, lui sur ses programmes de musique, moi à découvrir ce que c’est qu’un « masque d’écrêtage ». Je dessine au touchpad de mon laptop en attendant d’acheter une tablette. Mon Allemand crée des beats. Nous sommes des z’artisses. À force, mes yeux s’hypersensibilisent et brûlent derrière mes paupières, la morsure d’après 3AM. Mes fesses souffrent d’être assises si longtemps. Une fois, j’ai hypothésé: my ass is probably just not big enough for comfortable sitting (à la the worlds most comfortable ass). Il m’a répondu qu’en toute logique, c’était plutôt le manque de muscles qui posait problème. (Snap.)

Notre matelas crevasse sous nos poids. Ça résulte en des maux de dos à l’issue de nos nuits. Mais on est absorbés.

(Écrêter, selon Antidote: « Niveler en enlevant les crêtes de. Écrêter une route de gravier. [Figuré] Supprimer les parties extrêmes de. »)

En créant ce blog, je voulais présenter les merveilles que j’aurais apprises. Les péripéties vivaces que j’aurais vécues. Le sang puant de mes mots battus en poème et autres histoires. Mais ces textes ne sont jamais assez peaufinés pour que je les mette en ligne. Faute de quoi je préfère le silence. Les silences sont beaux, ceux qu’on crie et qu’on écrit, les silences sans le # pour les précéder. Sauf que maintenant, j’ai aussi peur qu’on m’oublie. Parce que je suis loin, et que les silences ne servent de ponts que lorsqu’ils sont partagés. Ressentis. N’est-ce pas pour cette raison que tant de gens avant moi se sont mis à écrire? Écrire comme des brutes, frénétiquement, sans regarder devant ou derrière, à laisser les mots s’empiler jusqu’à ce qu’ils en rêvent (comme l’été où à force de cueillir des cerises, nos rêves étaient tachés rouge).

Alors j’écris. Au hasard. À propos du cochon que je n’ai pas gagné, tiens. À propos de ce que je n’ai pas fait.

Ce que j’ai fait aujourd’hui:

1) Je me suis préparé des sandwichs assez cools. Avec des chicken nuggets, des oignons caramélisés au vin blanc, du fromage de chèvre et une sauce faite à base de moutarde au miel et de crème de vinaigre balsamique. C’était le croisement ultime entre un burger fancy et un bon club sandwich.

2) Danser de la salsa dans le salon. Grâce à Youtoube, on peut désormais faire un genre de dip. À pratiquer.

Ce que je n’ai pas fait aujourd’hui:

1) Je n’ai pas répondu au courriel de ma mère.

2) Je n’ai pas accordé mon ukulélé. Je ne l’ai pas touché. D’ailleurs, je ne l’ai pas déterré de la pile de vêtements et de livres où il git depuis une semaine, je ne l’ai même pas vu. Je ne lui ai toujours pas donné de nom non plus.

3) Je n’ai pas lavé la vaisselle.

4) Nous n’avons pas trouvé un appartement où habiter. Peut-être qu’on ira habiter dans le bois. Dans la forêt.

5) Nous ne sommes pas allés au ‘Attler Herbsfest’ de Wasserburg. Je n’ai pas tournoyé dans ma robe bavaroise. Nous n’avons pas profité des prix moindres dès 16h sur la bière et du 2 pour 1 sur les litres de bières ou de radler*. Nous n’avons pas participé à la tombola où, pour chaque boisson achetée à prix régulier, on aurait reçu un précieux coupon de tirage.

et même s'il n'était pas bio, nous l'aurions aimé d'amour

et même s’il n’était pas bio, nous l’aurions aimé d’amour

Le grand prix? Un cochon. Ein BIO Sau — un cochon bio. Un cochon à gagner. Un cochon à aimer. Il y avait d’autres prix, mais personne ne s’intéresse à les mentionner.Après tout, pourquoi attirer les gens avec des prix secondaires, quand ils comprennent bien la joie potentielle de recevoir un ami cochon (bio)?

Aussi, nous aurions pu manger un magnifique repas de kesselfleisch.

Pour ceux qui n’ont pas le bonheur de le savoir, kesselfleisch, c’est pas mal: ce qu’un cochon a dans le ventre et dans la tête. Estomac, foie, cœur, langue. Bref, un truc introspectif et profond.

*Recette de radler: prenez un grand verre. Remplissez à moitié de limo (‘limo’ tel qu’entendu par les Allemands, c’est-à-dire du Seven Up ou du Sprite). Remplissez l’autre moitié avec de la bière.  Il est aussi commun de mélanger du cola à la bière. Ça s’appelle Cola-Weizen. Ou ‘Negga’, la version politiquement incorrecte.

Mais c’est surtout des enfants qui boivent ça, hein.

Une partie de moi se morfond de ne pas avoir participé à la course aux activités et aux projets, à la vie-carpe-diem-BLAH. Parce que le monde tourne vite. Du moins, le monde tel que je le vois à travers Facebook. Et moi je suis assise. Le fait que ce soit loin de chez moi arrange vaguement la chose. « Je suis allée vivre en Allemagne! », le contexte est assez aventureux en soi; ne pas savoir où on va vivre, pour qui on va travailler, dans quelle nouvelle tempête on se lancera. Être ennuyante du reste, mais si loin du Québec que ça se perd en myopie. Être ennuyante mais par vertu d’habiter en campagne, la campagne comme certains citadins en rêve. Voir les champs et les chevaux embrasser le ciel bleu de Bavière.

Avoir des regrets est une autre chose que je ne ferai pas.

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2 réflexions sur “le cochon que je n’ai pas gagné

  1. Publier un texte est quelque chose de terrible. C’est arracher une partie de soi, pas toujours joyeuse, pas toujours achevée – car nous seuls déterminons lorsqu’une oeuvre est terminée. Ça requiert de la volonté, mais aussi du détachement. Car une fois publié, un texte ne nous appartient plus, il mène sa propre vie, parfois centenaire, même plusieurs fois, parfois sur le fil éphémère d’un «buzz».
    L’important, l’essentiel, c’est d’être léger une fois le bébé parti. Et de savoir se discipliner à ne pas chercher à le parfaire.

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    • Et pourtant, certains écrivains sont célèbres pour avoir ré-édité leurs livres avec des tonnes de modifications chaque fois! 😉 Tolstoi, par exemple, a réécrit La Guerre et la Paix 9 fois (à la main!)

      en outre, c’est vrai que, si modifier une fois publier est plus facile sur internet, on a juste une première impression.

      j’croise mes doigts pour que la panique du « aaah mais mais si » se dissipe si j’écris de plus en plus en partageant.

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