l’incongru et le pertinent

J’ai arrêté d’écrire parce que j’avais peur de pas être assez pertinente ou intéressante. Et à force de pas écrire, j’ai commencé à croire que peut-être que je n’ai rien à écrire parce que je suis vide. C’est un peu ironique lorsqu’on considère que l’écriture est un acte de création. Si l’écriture est la source de l’angoisse, il est donc aussi sa solution. Écrire pour écrire; écrire pour voir; écrire pour devenir. Un deux trois, go.

À propos de la non-pertinence :

Grâce à un ami et quelques articles de Buzzfeed, j’me suis rendue compte que le timing, c’est important. Surtout dans les situations suivantes:

  • En amour

  • Au sport (surtout aux J.O.)

  • Pour les vrais reporters qui cherchent le scoop

Je ne suis pas capable de jogger plus de 3km. Pas capable de jongler plus de deux balles. J’ai jamais été à la mode, et je déteste lire les nouvelles : je suis une déconnectée, une hors-temps. Je n’ai rien à voir avec la pertinence, et ce blog non plus (spoiler : même le contenu de mon article sur la non-pertinence devient non pertinent plus loin; j’y recense des recettes végés délicieuses et faciles, yo). Lire la suite

j’apprends le japonais.

ou: apprendre le japonais gratuitement sur le web

(NB: Cet article contient plusieurs explications et ressources qui pourront être utiles à quiconque veut commencer à apprendre le japonais. Et ce, pour la modique somme de zéro dollar! YUP, keep on reading!)

Chaque année. Comme une vieille habitude. Tsé, y a des gens qui répètent chaque jour de l’An qu’ils vont commencer à aller au gym, qu’ils perdront X kilos, qu’ils arrêteront de fumer. Moi, chaque année à date variable, je me dis: Je vais apprendre le japonais.

Je sais, han.

Chaque année, je m’essaie. Ça dure un instant, puis La Vie me rentre dedans et me propulse à la case départ, celle intitulée procrastination. Celle où je fais pas grand chose, mais ce que j’évite de faire (une dissertation de littérature russe, pour ne donner qu’un exemple) est bien plus important que ce que j’abandonne (l’étude du japonais en ce cas-ci).

N’ayant plus de cours, d’emploi ou de vie sociale (merde), je n’ai donc plus autant d’excuses. C’est pourquoi j’apprends enfin le japonais.

 

Liste d’excuses:

1) Pas le temps

2) Dissert de russe à finir

3) J’aime pas la gastronomie japonaises et les sushis juste les sushis à l’avocat

3) D’autres langues à apprendre/pratiquer avant d’entreprendre le périple japonais

4) C’est compliqué, le japonais.

Pour être honnête, je croyais pas réellement que c’était si compliqué, le japonais. Ah! Être japonaisement insouciante de nouveau! Mais du coup, voici les déambulations et premières étapes d’un périple qui a commencé le 28 janvier (fin: inconnue à ce jour).

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perséphone l’hiver

 

L’Allemagne me tire. Dehors la neige tombe du ciel déjà mouillée, déjà pu là

Lundi on m’a proposé d’écrire des articles de blog pour un salaire raisonnable (POUR UN SALAIRE!, ça a besoin d’être répété). Un site de recettes, on trouvait que j’avais l’air de savoir de quoi je parlais. J’ai gâché ma shot en demandant au propriétaire du site, militaire en corée : « btw did you ever kill people? » . Peut-être le pire post scriptum de ma vie. Silence radio.

Je préfère les silences du théâtre: on entend au moins les acteurs respirer.

Première leçon du professionalisme: c’est pas parce que les gens sont amicaux qu’il faut leur parler comme à des amis. Au moins, ça prend juste une erreur pour se l’inculquer.

 

Pis même. À part ça. Mon hibernation continue. Autant c’est facile enchainer mes journées à mon laptop, à regarder des vidéos éducatives sur la bouffe, la musique, les romans historiques et la langue japonaise, autant le reste glisse au-delà mes repères

Ça fait déjà neuf mois que j’suis en Allemagne —

y a des femmes qui poussent des bouts de vie et de chair au monde dans c’te plage horaire là

 

moi depuis j’ai juste appris à tricoter.

 

Retour

Pour les quelques-uns qui se demandent c’que j’ai bien pu faire de bon depuis que je ne donne plus de nouvelle, en rafale:

J’ai fini le Nanowrimo victorieuse, mais avec une histoire étrange qui commençait à peine.

J’ai appris à tricoter. Puis, j’ai tricoté. En regardant Once Upon a Time en streaming. Ça m’a donné le goût d’avoir des enfants, juste pour pouvoir leur tricoter des trucs. (T’inquiète, maman. J’ai tordu mes aiguilles à tricot en marchant dessus et l’envie a passé.)

La tuque pour bébé que j'ai pas encore donnée

La tuque pour bébé que j’ai pas encore donnée

J’ai été me promener à Milan avec un ami. On a passé beaucoup de temps au Duomo. Y avait des publicités partout et un marché de Noël où j’ai acheté pour trois euros un ‘Arancini al ragù’ et lui, un truc qui était un peu comme une pizza pochette, mais en plus simple et plus fancy. On a essayé de suivre des gens dans la rue, mais ils s’arrêtaient tôt pour appeler sur leur Smartphone ou pour aller au McDo. C’est un peu décevant de traquer des inconnus, de nos jours. Lire la suite

histoires de cœur (the hearts of bavaria)

Quand on était jeunes, à l’époque de nos dernières années de primaire, on écoutait Simple Plan.
Quand un des p’tits couples de notre classe cassait, on chantait la toune Heartbreaker (I’m addicted to yoooou, heartbreaker!). On le chantait à Jé qui avait fait pleuré notre amie, comme une insulte, et on le chantait entre nous, pour nous remonter le moral.
D’ailleurs, si vous vous demandez pourquoi on écoute des tounes tristes pour nous sauver la vie, des gens plus scientifiques que moi en ont fait des études. Pour moi, on est surtout content de pouvoir chanter nos tripes dans les mots d’une chanson. S’exorciser ainsi. Mon adolescence a grandi parmi une terre fertile de tounes angsty, de quizz dans des magasines de filles, de poèmes incompris avec trop de rimes pauvres en « é », et d’insécurité chronique. De la belle engrais.

Le cœur métaphorique en chanson

Heartbreaker de Simple Plan n’était qu’un pou dans la tête infestée d’une Rapunzel Rasta. Les chansons du genre ne se comptent pas. À moins que des gens plus scientifiques que moi les ai comptées pour une méta-étude complexe sur nos habitudes de vie et nos visions mélodiques de l’amour. (Prières de m’en informer)

Christina Perri a sorti en 2010 la chanson « Jar of Hearts », qui s’est projetée dans les tops hits. Ce nouvel agencement de notes déchirantes a aidé plein de gens plein de douleurs douloureuses à se sentir mieux dans leurs peines d’amour. C’est l’histoire d’un briseur de cœur. Encore et toujours. Il revient chercher une autre portion d’amour auprès de la chanteuse à peine remise de ses tristesses. Elle n’est pas contente de le voir de nouveau. Tiraillée entre sa tête et son cœur, elle fait ce qu’on fait tous, elle écrit (une chanson) plutôt que de confronter nos vraies vies.

En gros, c’est une version un peu plus dramatique de « I will survive. » Le refrain va comme suit:

And who do you think you are?
Runnin’ ’round leaving scars
Collecting your jar of hearts
And tearing love apart
You’re gonna catch a cold
From the ice inside your soul
So don’t come back for me
Who do you think you are?

Collecting your jar of heartsJar of Hearts, le titre de la toune. Les fans les plus intenses le comprennent du fond de leurs entrailles, ça leur parle de partout. Maintenant, historiquement. Ceci est la partie du blog où vous apprenez quelque chose, histoire que mon séjour au loin soit édifiant pour nous tous.

Question: Qui est plus susceptible de collectionner des cœurs dans des pots massons? Les tombeurs de jupon? Les serial killers collectionneurs d’organes trophées/souvenirs? Du tout.

Réponse: Les rois de Bavière.

Les cœurs monarchiques

En 1886, Ludwig II, le roi conte-de-fée, the swan king of Bavaria, a été enterré dans une crypte de Munich après sa mort controversée dans les eaux du lac Starnberg. Cependant, sa dépouille n’est pas complète. Selon la tradition du royaume, son cœur fut entreposé dans une urne argentée dans la Gnadenkapelle, la chapelle sainte de Altötting — aux côtés des cœurs de son père et de son grand-père.

Un cœur. (Trois cœurs)
Dans une urne. (Trois urnes)
Dans une chapelle.

Il y a là-dedans un conte de fée et une œuvre d’art. Je ne peux créer ni l’un ni l’autre — je ne saurais pas où commencer (le Nanowrimo a mangé mon cœur, rien d’autre ne pompe ce mois-ci à travers mes veines), mais je peux vous offrir ceci, du fond de mes fichiers Paint (c’est-à-dire, très sincèrement):

la créature au centre de tout sang (le coeur)

C’est ce que j’ai qui se rapproche le plus d’un cœur.  Et ce, incluant mes organes.

Ça dit: Je suis le centre de mon sang.

 *

Cœur de survivance

Pouchkine a un jour écrit un très beau poème, destiné à une femme mariée dont il s’était amouraché. C’est qu’il était débauché, le voyou. Je ne connais pas d’autre poème de lui, je n’en ai jamais cherché. David Leblanc m’en avait dédicacé les derniers vers dans son livre (génial), Mon nom est personne. Ils font partie des plus beaux vers que je connaisse, right at the top avec Gaston Miron et le poète québécois trash qui avait écrit à propos des prostitués qui n’embrassaient plus.
David me les avait inscrits en caractères russes, mais il m’avait donné une traduction approximative. Deux ans plus tard, après avoir lu le poème et l’avoir récité en russe, je préfère encore la traduction spontanée et approximative.
 .
 .
Ça disait:
.
(…)
« Dis: il y a mémoire de mon nom
Il y a dans ce monde un cœur, où je vis »
.
*
.
cri du cœur. Je vous aime. Parlez-moi.
(Je m’ennuie de vos voix)

croatie la côtière

 

Dix jours en Croatie.

Dix jours de l’été qu’on a pas eu en Allemagne à cause de la pluie. Dix jours pour bronzer un peu, marcher pieds nus, avoir une vue à mourir sur la mer et commencer à se réveiller chaque jour plus tôt, juste parce que ça en vaut la peine. Pour vivre plus fort dans ces dix jours que dans tout le dernier mois, pour pouvoir s’imbiber en éponges de l’air marin et des accents étrangers.

Se rendre là-bas d’Allemagne, c’est très commun. Parce que c’est peu cher. Qu’à travers l’Istrie il est possible d’avoir un service en allemand, pas de complexe linguistique à ce niveau. Se rendre là-bas d’Allemagne le 3 octobre, jour férié, fête commémorant la réunification allemande de 1990, c’est la pire idée, impossible d’éviter l’embouteillage monstre. On calculait 7 heures de route, on part à 10AM et on arrive dans la nuit. Aux douanes, je demande exprès une étampe pour mon passeport. Le type me regarde avec l’air de dire, « Il y a encore des gens que ça intéresse? » Nous sommes désormais en Croatie.

***

 

Vizinada – Porec.

Prix par nuit: 50 euros pour un appartement de deux chambres, cuisine, salle de bain avec bidet et terrasse

Nous avons trouvé notre première pension en pleine nuit. La propriétaire s’appelle Maria-Lena et elle a un visage rond, des cheveux foncés, raides, aux épaules. Elle a aussi un fils qui a appris l’allemand à force d’écouter la série Alarm für Copra 11 avec sous-titres croates. Le lendemain de notre arrivée, elle nous offre des raisins blancs cueillis dans les vignes. Leur peau épaisse goûte amer et le fruit pèse lourd de pépins. Ma belle-mère avale tout rond, en m’expliquant en sage fille de fermier que les pépins sont bon pour l’estomac. Malgré l’anecdotique recommandation, je recrache au creux de ma main tout ce qui n’est pas chair sucrée.

Afin de donner au suivant cette charité d’aliment, on nourrit des animaux de ranch. Notre bonne action, à l’instar les dons d’antiques conserves aux paniers de Noël de la Guignolée, a beaucoup à faire avec le fait qu’on a un sac de carottes qui trainait et qu’on veut pas le perdre complètement. Aussi parce que les animaux sont adorables.

Pour compléter le rustique, derrière la maison de Marialena se trouve un moulin. Au dernier matin de notre séjour, j’y achète un kilo de farine. Pour pouvoir placer ça dans une conversation. Parce qu’il y a déjà plein de snobs spécialisés — snobs de bière qui poétisent sur leur brasserie préférée, snobs de vin qui monologuent à propos de dégustation aux vignobles, snobs de sushi qui payent vraiment très cher pour un motton de riz au vinaigre avec du poisson cru… Moi, je suis l’avant-garde des snobs de farines. Celle qui parlera avec une nostalgie hautaine de « la fois où j’ai acheté un kilo de farine blanche dans un moulin de Croatie… »

On dira c’qu’on voudra, ça sonne bien.

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Adam der Erste – un brin de 19ème

(…)

Les espaces du Paradis
Ne me manqueront jamais plus;
Ce n’était pas un vrai Paradis:
Il y avait des arbres défendus.

Je veux un droit à la liberté entier!
Et si j’y trouve la moindre restriction,
Pour moi, le Paradis se transforme

En un enfer, en une prison.
Heinrich Heine (1797-1856), dans poème Adam der Erste

* Pour les lecteurs de Perec, Heine est cité dans Je me souviens (au #19): « Ich weiß nicht, was soll es bedeuten / Daß ich so traurig bin ». De son fameux poème, Loreley.
** Sissi collectionnait obsessivement les manuscrits et portraits de  Heine. Sous l’inspiration de son poète favori, elle prenait elle-même plume et papier et laissait ses troubles tomber en gouttes de poésie. Oui, l’impératrice d’Autriche (et de Hongrie) était aussi une littéraire.

l’enfuite

Aujourd’hui, pendant que le Royaume-Uni se grattait le menton à se demander de quoi demain aurait l’air, j’ai remonté jusqu’aux sources des civilisations. J’ai chassé.

Ma cible: Wendy, notre hamster nain. Sa race: Roborovski — la plus petite espèce de hamster, la plus vivace et la plus sauvage. Le genre de hamster qui prend le plus de temps à apprivoiser.  Au moment de l’achat, on l’ignorait. On l’a choisie sur un coup de tête, on avait vu des vidéos de minuscules hamsters sur Youtube. Le vendeur à l’animalerie, devant notre indécision, n’a pas tenté d’expliquer les différences entre les différentes races de hamsters et leurs comportements. On a choisi notre Wendy au pif et on l’a aimé tout-suite.

Mais faut quand même pas se laisser berner par son air innocent

elle mange une gourmandise, elle fait semblant / de ne pas concocter de plans

elle mange une gourmandise et fait semblant / de ne pas concocter de mauvais plans

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le cochon que je n’ai pas gagné

On voulait sortir. Voir du paysage. Fêter la vie. Vous savez, YOLO (quand est-ce que l’utilisation ironique de ‘YOLO’ va devenir aussi dépassée que l’expression YOLO en soi?). Au lieu de quoi, alors que notre weekend se prolonge, on reste enfermés dans notre minuscule chambre, lui sur ses programmes de musique, moi à découvrir ce que c’est qu’un « masque d’écrêtage ». Je dessine au touchpad de mon laptop en attendant d’acheter une tablette. Mon Allemand crée des beats. Nous sommes des z’artisses. À force, mes yeux s’hypersensibilisent et brûlent derrière mes paupières, la morsure d’après 3AM. Mes fesses souffrent d’être assises si longtemps. Une fois, j’ai hypothésé: my ass is probably just not big enough for comfortable sitting (à la the worlds most comfortable ass). Il m’a répondu qu’en toute logique, c’était plutôt le manque de muscles qui posait problème. (Snap.)
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